Assureurs, Courtiers…Écoutez les signaux faibles !

Dans la révolution numérique, l’assureur cherche encore son rôle et surtout les partenaires qui lui permettront de l’assumer. C’est l’une des conclusions de la table ronde consacrée aux enjeux de la révolution numérique pour les métiers de l’assurance, organisée à l’occasion d’Innov2015 à Niort fin septembre.

Si l’on devait poser un diagnostic, ce serait moins celui d’une révolution des métiers de l’assurance que celle de leur environnement technologique et sociétal.

L’arrivée massive des technologies et des innovations se conjugue avec une transformation de fond de nos sociétés, du rapport à la vie et des relations sociales, sous l’effet d’une évolution déjà engagée vers une humanité augmentée et hyperconnectée. Car le paradoxe de la révolution numérique, c’est qu’elle a déjà eu lieu, au moins en partie. Dans l’assurance, le digital est déjà largement utilisé au service d’une expérience client hyperconnectée et quasi-permanente.

Pour anticiper le futur, porteurs de risques, courtiers et délégataires devraient pouvoir s’intéresser dès aujourd’hui à ce qu’Edgar Morin appelle les signaux faibles. Ces tendances en apparence mineures, voire anecdotiques, mais qui ont le potentiel pour devenir des tendances lourdes.

C’est là tout l’enjeu de l’innovation en matière de santé numérique et du rôle que doit y jouer le secteur assurantiel. Experts académiques et professionnels sont en effet tous d’accords sur ce point. Le marché de l’assurance santé est aujourd’hui l’objet d’une attaque sans précédent de la part des géants d’Internet, qui misent sur leur expertise technologique et leurs objets connectés comme les grecs sur le Cheval de Troie.

Mais l’assurance n’est évidemment pas qu’une question de technologies. C’est un monde infiniment plus complexe où se construit la confiance, l’accompagnement des personnes, l’organisation de la solidarité collective, l’analyse fine des risques, et demain le développement d’un accompagnement préventif individualisé …

Face à ces défis, le principal constat que dressent d’un commun accord tous les acteurs, qu’ils soient assureurs, chercheurs, innovateurs ou financeurs, est celui d’un retard de plus en plus préoccupant.

Face aux enjeux de l’e-santé, reste engluée dans ses corporatismes et freinée par l’incompréhension des dirigeants et des instances politiques, quant aux véritables enjeux du digital. Dans une indispensable logique d’écosystème, les assureurs devraient pouvoir jouer un rôle clé de catalyseur, fournir des territoires d’expérimentation, apporter leur soutien aux startups à travers l’open innovation et, peut-être surtout, partager leur expertise dans le cadre d’un effort global de normalisation des pratiques. La technologie a elle seule ne suffira pas à répondre à ces signaux faibles mais persistants que sont l’automesure via les objets connectés, l’assurance collective ou crowdfunding, l’allongement de la vie grâce aux nouvelles technologies, etc…

Mais cette nécessaire réflexion transdisciplinaire ne pourra avoir lieu que si sont levés, et sans attendre, les obstacles qui l’empêchent aujourd’hui, à commencer par la frilosité des acteurs économiques et des instances réglementaires. Tous et toutes attendent un signal fort, une tendance lourde qui justifierait leur engagement sur des perspectives solides de rentabilité. Mais le monde de l’e-santé, parce qu’il est émergeant, est encore loin de pouvoir fournir de telles certitudes.

La France ne deviendra demain l’un des champions mondiales de la filière de santé digitale que si elle sait, dès aujourd’hui, porter toute l’attention qu’il faut à ces signaux faibles. D’un point de vue réglementaire, il faut pouvoir se placer à plus long terme pour anticiper les grandes conséquences de la révolution numérique, depuis les enjeux de qualité et d’accessibilité des soins jusqu’à ceux de transformation des métiers de l’assurance, mais aussi de ceux de la santé. Sur le plan financier, il faut renouer avec une logique d’investissement à long terme, et en acceptant l’idée que tous les signaux faibles ne produiront pas forcément des résultats. Ce n’est qu’ainsi que pourront émerger, avec le temps, les nouveaux usages innovants et les modèles économiques pérennes qui les accompagneront.

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